Réussir – extrait du film « Fame »

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Et pourtant…

Vous avez aimé leur style littéraire, ils et elles vous ont fait rêver. Leurs noms sont William Shakespeare, Oscar Wilde, Louis Aragon ou bien Paul Verlaine. Leurs noms sont George Sand, Virginia Woolf ou bien Colette. Ils et elles étaient bisexuels, bisexuelles, homosexuels et homosexuelles. Et pourtant vous êtes homophobe.

Vous avez aimé leurs chansons qui vous ont fait vibrer. Leurs noms sont Whitney Houston, Mariah Carey, Cesaria Evora, Édith Piaf ou Patricia Kaas. Et pourtant vous êtes sexiste.

Vous avez aimé leur humour et ils vous ont offert des moments de détente. Leurs noms sont Gad Elmaleh, Pascal Légitimus, Jamel Debbouze ou Coluche. Et pourtant vous êtes raciste.

Vous avez pleuré de joie ou de tristesse en lisant leurs histoires ou en les côtoyant. Leurs noms sont Bambi, Némo, Tom et Jerry, Caliméro ou bien Médor, Margueritte ou Tigrou. Et pourtant vous êtes spéciste.

Dites-moi, vous ne trouvez pas qu’il y a une incohérence logique là-dedans ?

Tuer une personne ou bien tuer une idée ?

Quand nous désirons (dans notre opinion) améliorer le monde, nous faisons souvent l’erreur de combattre les gens qui ont d’autres idéologies ou comportements en croyant qu’en les éliminant ou neutralisant, tout irait mieux. Or, on ne peut tuer une idée quand bien même nous tuerions celui qui la propage. Averroès disait : « La pensée a des ailes, nul ne peut arrêter son envol. » Nous pourrions tuer tous nos opposants (enfin, en théorie). Mais ensuite il faudra détruire tous les livres, les films, les cd, les inscriptions, les lettres etc. qui témoignent d’idées dont nous ne voulons pas. Et une fois que nous aurons réussi cela (chose bien évidemment impossible), il faudra encore s’assurer que les idées dont nos ennemis étaient porteurs ne naîtront plus dans la tête d’autres personnes. Et c’est une autre difficulté insurmontable qui rend inutile l’élimination des adversaires : tant que les conditions qui créent certaines idéologies ou comportements existeront, ces idéologies et comportements naîtront inlassablement… Et il faudra encore tuer leurs porteurs et ainsi de suite. L’élimination des idées par l’élimination des personnes n’est pas seulement immorale et incohérente, elle est impossible et impraticable. Pour tuer une idée il faut détruire les causes qui la provoquent.

« Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. » Sébastien Castellion. On ne peut, sous prétexte de défendre une meilleure idéologie que celle de notre adversaire, tuer cet adversaire. Car quelle qualité pourrait avoir une idéologie qui justifie le crime ? Au nom de quel haut principe moral on se permet d’enlever la vie à un congénère ? Y a-t-il plus important que le droit à la vie ? Comment prétendre chercher la paix dans la violence ?

Mais, évidemment, il ne s’agit pas de non-action et de pacifisme extrême… Comme disait Gandhi « Entre la violence et la non-violence, je choisis la non-violence ; entre la violence et la lâcheté, je choisis la violence. » La violence ne peut pas être un moyen d’action car elle est toujours imprévisible dans ses conséquences. Mais elle peut être un moyen de défense quand c’est le seul qui reste. Celui qui recourt à la violence pour défendre ses idées doit être dans une situation extrême et d’extrême danger. Tant qu’il n’est pas dans cette situation, sa violence n’est qu’une excuse habillée dans les beaux habits d’une idéologie. La violence est toujours un échec : de la parole, de la raison, de la force, de la maîtrise de soi, de l’intelligence etc. Elle ne peut être, dans ce cas, une action mais elle doit demeurer une réaction exceptionnelle et maîtrisée.

Demandons-nous qu’a obtenu l’humanité en utilisant la violence comme action ? Un groupe a-t-il fait asseoir un gouvernement (au sens large) juste en agissant violemment en premier lieu ? Ou bien ne l’a-t-il fait qu’en réagissant à une violence première ? On ne peut et porter un idéal juste et porter la haine de l’Autre et le désir de l’éliminer. Ces sentiments ne peuvent subsister ensemble dans la même personne. Céder à la haine est une preuve de faiblesse. Les faibles n’amélioreront jamais le monde.

Tous les grands personnages de ce monde ont refusé de haïr leurs adversaires et c’est pourquoi ils ont contribué à améliorer le monde. Unes des dernières paroles de Missak Manouchian avant d’être fusillé par les Nazis ont été : « Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit ». Et c’était un résistant.

Qu’est-ce qu’une guerre civile ?

Une guerre civile c’est un conflit armé qui oppose une partie du peuple à une autre partie du peuple qui défend les intérêts de gouvernants qui ne représentent désormais plus le peuple. Une guerre civile c’est un conflit armé dans lequel le peuple s’entre-déchire sous les yeux des gouvernants qui en sont généralement responsables. Une guerre civile c’est un conflit armé qui pousse un voisin à tuer son voisin pour défendre les intérêts des gens qu’il ne connaît même pas en réalité. Une guerre civile c’est, enfin, combattre les siens pour défendre les intérêts de la classe dominante.

La France, une dictature ?

J’entends et je lis souvent par-ci par-là que la France est une dictature (socialiste, qui plus est). Eh, les gens, si vous aviez vraiment raison et que la France était vraiment une dictature, le simple fait de le dire vous aurait conduits en prison ou à l’échafaud. La preuve que nous ne sommes pas en dictature c’est que vous pouvez dire n’importe quoi sans peur de vous faire inquiéter par la milice… Alors un peu de sérieux svp, les mots sont importants, surtout les mots lourds de sens… Ne les utilisez pas avec la même légèreté avec laquelle vous changez de mobile ou de manteau…

Liberté et responsabilité

Trop accuser les autres (ou trop s’accuser soi) c’est aussi dû à une exagération de l’étendue de notre liberté. Accuser c’est tenir responsable et la responsabilité ne peut aller sans la liberté. Ce raisonnement, qui est au fondement de nos sociétés et de nos systèmes juridiques et moraux, se base sur un présupposé : la liberté humaine existe. Or, comme tout présupposé, cette affirmation n’est pas démontrée (ni, peut-être même, démontrable). Nous devrions prendre cela en compte quand nous jugeons les actions des humains. Et si la liberté n’existait pas ou du moins n’était pas si étendue que nous aimerions le croire ? Il y a une infinité d’influences à la base de nos actions et de nos pensées. Il serait très réducteur de penser que la liberté est totale ou qu’elle est le fondement de notre comportement. Peut-être qu’elle ne représente qu’une infime partie de celui-ci.

Ainsi, avoir conscience que la liberté n’est pas un fait scientifique mais une hypothèse philosophique doit nous amener à analyser les actions humaines avec moins de rigidité et de dureté. Pourtant, toute hypothétique qu’elle soit, il vaut mieux considérer la liberté comme possible plutôt que de la déclarer inexistante et ruiner ainsi toute responsabilité car cela entraînerait peut-être plus de mal et d’injustice que son contraire. Si la liberté n’existe pas, on juge et sanctionne de manière injustifiée. Mais si on abolit toute responsabilité nous risquons une déferlante d’actions nuisibles à l’ensemble de la société et du monde.

Il faut donc gager que la liberté existe mais sans la considérer comme un fait scientifique.