Sublime et éthique

Je vois la philosophie d’abord comme une aide précieuse sur le chemin de la sagesse. Je trouve malheureux (voire grave des fois) que la philosophie ait quelque peu perdu son rôle de « médecine de l’âme » qu’elle avait dans l’Antiquité. Non pas que l’âme serait forcément malade dans le sens contraire à la santé. Mais dans le sens moral du terme. Si la vie était un arbre, la morale serait pour moi ses racines et son tronc. Le reste des domaines (la science, l’art, la musique, la politique, la mécanique, la cuisine etc) ne seraient que les branches et les fruits. Il faut que tout ce que nous accomplissons ait un fondement, une base, un tronc et une visée morales. La morale donne ou enlève la valeur à nos actes ou à nos pensées. Certes, il y a des pensées et des actes amoraux, il ne s’agit donc pas de dire qu’il n’y a que la morale.

 

Si nous concevons l’éthique comme une morale appliquée (ce sans quoi cette dernière n’aurait presque aucune valeur), nous voyons l’intérêt et la nécessité de l’action concrète. En effet, peu de pensées ou de sentiments ne se transforment, consciemment ou inconsciemment, profondément ou superficiellement, en actes. D’où l’énorme importance d’une remise en question et d’une analyse constantes, les deux avec l’envie de changer si le besoin se présente.

Le monde est souvent le reflet de nous-mêmes. Nous avons donc, en tant qu’êtres partiellement rationnels, une responsabilité énorme quant aux conséquences de nos actes. Nier cette responsabilité c’est nier notre humanité et, au fond, rater notre vie (et celles des autres au passage).

Le changement n’est pas toujours simple : la recherche, l’interrogation, l’émerveillement, l’opposition, l’invention demandent des efforts constants et soutenus. Mais c’est à la lumière de ce combat permanent que naît le mérite. Un combat permanent mais d’autant plus facile qu’il est entretenu. Jusqu’à ce qu’il devienne naturel. L’acte éthique devrait devenir naturel et plaisant. Nous devrions cesser de considérer la morale comme une contrainte, comme une négation, comme un renoncement sacrificiel à soi. Elle est libération et légèreté. Elle est affirmation et jaillissement de nos aspirations les plus profondes. La morale fait peur car elle semble rendre faible. Tout au contraire, elle n’est que force et solidité.

Dans ce combat permanent, le sublime trouve sa place si nous le considérons comme un dépassement de soi, comme un privilège qu’on accorde à l’autre, à tout autre, quels que soient son espèce, son degré d’intelligence ou l’intérêt que nous lui portons. Sans parler d’union mystique du soi et du monde, il s’agit de ne plus tracer une frontière forcément arbitraire entre nous et les autres mais de s’attacher à ce qui nous lie, à ce que nous avons en commun, à ce que nous partageons. Car s’ouvrir au monde c’est s’ouvrir à soi et vice-versa. Le sacrifice est beau, certes, mais peut-être que dans le sublime cette notion perd son sens : si idéaliste que soit cette vue, il faut penser et vivre comme si l’autre n’était plus distinct et opposé mais sujet aux mêmes aspirations fondamentales que nous. Avec cela il n’y a pas de perte des individualités mais une reconnaissance de la ressemblance fondamentale de tous les êtres sentients. Individis est ce qui ne peut être séparé, non seulement de lui même, mais de tous les autres. La particularité n’est jamais qu’un aspect de la totalité. Reconnaître cette totalité dans ce qu’elle revêt de particulier est une des caractéristiques du sublime.

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